Les prieurs cachés d'Anvers.

Il se faisait tard, la lune se mouillait au zénith dans les nuages et je revenais du Cafe de Tijd, après quelques Westmalle englouties en bonne compagnie. Mon vélo, une épave, était attaché par un anti-vol qui représentait le triple de sa valeur, à un grillage près de la grande cathédrale gothique d'Anvers.L'anti-vol était un U en acier, qui a donc l'avantage d'être sûr et le désavantage d'être extrêmement rigide. Le type qui me vendit la bête, me conseilla d'une voix mortifiée par un tabagisme trentenaire, d'attacher le cadre et la roue avant ensemble. La démonstration fut simple, mais l'application avec un poteau ou une barrière s'avèra plus ardue. J'avais, ce soir-là donc, laborieusement bouclé le cadenas contre ce foutu grillage, de tel façon que lorsque je dus le réouvrir, je ne pus atteindre la serrure. Après un bon quart d'heure d'acharnement, j'en fus venu à la conclusion qu'il fallait passer derrière le grillage, haut de bien deux mètres, pour ouvrir le machin. Il y'avait un espace, entre les murs de la cathédrale et le grillage, qui m'était dissimulé par une longue bache étendue tout le long. Galvanisé par la boisson, j'entrepris tout de même de l'escalader.

Gauchement je passais de l'autre côté, et une fois derrière je me suis retrouvé nez-à-nez avec un petit groupe de trois personnes qui étaient agenouillés face aux contreforts de la cathédrale. De suite un des types se leva et vint vers moi et me tendit la main, affichant un sourire béat. Puis il se retourna vers la cathédrale, et me demanda si je ressentais la puissance qui émanait de ces murs. Un peu interloqué, je lui dit que non je ne ressentais rien en particulier, néanmoins que je trouvais cette cathédrale sublime.Sur ces mots il se se tourna de nouveau vers moi, le regard visiblement illuminé par mes propos. Pendant ce temps là, ses deux camarades continuaient à observer la cathédrale, et visiblement se contre foutaient de ma présence, et à raison. Le brave type, suave, m'invita, à méditer avec ses amis, coincés entre deux poubelles et une bétonnière. Je repoussais gentiment l'invitation et me penchais, en soulevant la bache, sur le cadenas. Une fois le cadenas ouvert, et le vélo libre, je fus pris d'une certaine angoisse. Un grillage me séparait de mon épave. Je commencais alors à chercher un endroit pour m'extirper de ce trou à cons, quand le brave type me proposa de me faire la courte échelle. J'acceptais volontier et mis mon pieds sur ses mains solidement entrecroisées et bien qu'il fut lumineux de ferveur, il ne le fut pas d'intelligence, et alors que je m'accrochais en haut de la grille, il donna une grande impulsion des bras qui me jeta d'un bond de l'autre côté, où je m'écrasais lamentablement dans un tas d'ordures. Je me relevais, le pantalon déchiré. Enervé j'empoignais mon épave, lorsque je fus interpellé de derrière la grille. Je reposais l'épave et m'approchais, quand soudain je vis une main sortir du dessous du grillage tendant une cigarette. L'excuse pour son excès de zèle. Je l'acceptais volontier. Clope au bec, je m'appretais à enfin chevaucher ma bête, quand sa petite voix plaintive se refit entendre. Je revenais vers la grille, et je vis reparaitre ces deux petites mains sous la grille m'offrant la flamme d'un briquet. Je m'abaissais donc, et une fois la clope allumée, je l'entendis me bénir.

Puis le genoux en sang, le fute déchirée, et béni je rentrais chez moi en me jurant de ne plus jamais accrocher mon anti-vol avec la roue avant.

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